Stellantis engage plus d’un milliard d’euros en France : Mulhouse au cœur d’un pari industriel souverain

Stellantis confirme un investissement de plus d’un milliard d’euros en France, dont 40 % destinés à l’usine de Mulhouse

Le groupe automobile Stellantis a annoncé mardi un investissement de plus d’un milliard d’euros sur le territoire français, dont 40 % fléchés vers son site alsacien de Mulhouse. L’usine, qui emploie quelque 4 500 salariés, produira à partir de 2029 trois nouveaux modèles Peugeot électriques ou hybrides du segment C — berlines et SUV compacts.

L’annonce, dévoilée en amont par Emmanuel Macron, a été officialisée sur place par le PDG du groupe Antonio Filosa, accompagné des ministres Roland Lescure (Économie) et Sébastien Martin (Industrie).

Une répartition stratégique des fonds

L’enveloppe totale se décompose ainsi : 50 % consacrés à la recherche et au développement, 40 % investis directement à Mulhouse, et 10 % répartis sur d’autres sites français. La part R&D, soit plus de 500 millions d’euros, servira notamment à développer la plateforme technologique « STLA One » — une architecture modulaire mondiale destinée à remplacer cinq plateformes existantes.

D’ici à 2030, cette plateforme commune devrait servir de base à plus de 30 nouveaux modèles, avec jusqu’à 70 % de composants partagés, dans une logique de rationalisation industrielle assumée.

Mulhouse sauvée — mais pour combien de temps ?

L’usine alsacienne, qui fabrique actuellement les Peugeot 308 et 408, voit ainsi son avenir garanti à moyen terme. Les syndicats ont salué l’annonce avec un enthousiasme mêlé de prudence.

« C’est comme le soleil aujourd’hui, les salariés sont heureux. Ça fait des années qu’on attendait un projet et là on nous en annonce trois. C’est extraordinaire », a déclaré Deborah Schorr, secrétaire de FO Stellantis Mulhouse.

La CFE-CGC, plus mesurée, a salué « le rôle central de Mulhouse dans les projets à venir », tout en soulignant que « des attentes fortes demeurent quant aux volumes, à la pérennité de l’activité et aux garanties sociales associées ».

Peugeot élevée au rang de marque mondiale — les autres trinquent

Cette annonce confirme que Peugeot figure désormais parmi les quatre marques mondiales que Stellantis entend privilégier, aux côtés de Fiat, Jeep et Ram. Un choix stratégique qui relègue d’autres marques du groupe à un rang secondaire.

Faut-il s’en réjouir sans réserve ? Le groupe italo-franco-américain reste soumis à des logiques de rentabilité globale qui n’ont que faire des territoires. En mai dernier, Antonio Filosa annonçait une réduction des capacités de production européennes de 800 000 unités — un signal sans ambiguïté sur les priorités réelles du groupe.

Un investissement bienvenu, mais la vigilance s’impose

Que l’industrie automobile française survive et prospère est une nécessité nationale, non une faveur accordée par des actionnaires étrangers. Mulhouse, ville ouvrière d’Alsace, incarne ce tissu industriel que la France doit défendre contre les caprices des marchés mondiaux et les restructurations dictées depuis Turin ou Detroit.

L’investissement annoncé est une bonne nouvelle. Mais un milliard d’euros ne rachète pas une stratégie industrielle souveraine — et les syndicats ont raison d’exiger des garanties sur la durée, les volumes et l’emploi. L’emploi, l’emploi, l’emploi : c’est précisément ce que Deborah Schorr a mis au cœur de ses revendications. C’est aussi ce que la France est en droit d’exiger.

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