Visas pour les Algériens : quand Paris capitule devant Alger

Il existe des moments où la diplomatie cesse d’être un art pour devenir une abdication. Les déclarations de l’ambassadeur français à Alger, Stéphane Romatet, diffusées mercredi par le média Tout sur l’Algérie, constituent précisément l’un de ces moments. La thèse est simple, et elle est accablante : la France, sous la présidence Macron, choisit de récompenser les provocations algériennes par des concessions unilatérales, trahissant ainsi l’intérêt national au nom d’une diplomatie de la contrition.

Une capitulation annoncée en direct

Rappelons les faits dans leur brutalité. Stéphane Romatet, revenu à Alger début mai — un an après avoir été rappelé à Paris dans le contexte de la crise diplomatique — a déclaré sans ambages que l’objectif de Paris était de faire « redémarrer à la hausse » le nombre de visas délivrés aux ressortissants algériens, pour « revenir probablement au niveau qui était celui antérieur à la crise », soit environ 250 000 par an. La justification avancée ? « Préserver les liens humains » entre les deux pays, afin que « la population ne subisse pas les conséquences » des tensions diplomatiques. Voilà donc la doctrine Macron résumée en quelques mots : la France absorbe les crises, consent aux exigences adverses, et présente la facture à ses propres citoyens sous les traits d’une générosité désintéressée.

Ce qui rend cette posture particulièrement inacceptable, c’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Christophe Gleizes, journaliste français, demeure emprisonné en Algérie depuis plus d’un an. La France, loin d’exiger sa libération comme condition préalable à tout rapprochement, choisit au contraire d’offrir des gages de bonne volonté sans contrepartie. Un État qui ne protège pas ses ressortissants à l’étranger, qui ne pose aucune condition à la normalisation de ses relations avec un régime qui les détient arbitrairement, n’est plus un État souverain — c’est une puissance résignée à son propre effacement.

La droite nationale sonne l’alarme

La réaction de l’opposition nationaliste et conservatrice a été immédiate et unanime dans sa sévérité. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a dénoncé sur X une « capitulation du macronisme face au régime algérien, malgré les provocations et la détention d’un journaliste français ». Le mot est juste. Éric Ciotti a surenchéri en évoquant « une capitulation, une humiliation, une trahison » — trois termes qui, loin de relever de l’excès rhétorique, décrivent avec précision la réalité diplomatique du moment. Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur et figure d’une droite qui n’a jamais renoncé à l’idée que la France peut et doit tenir tête à Alger, a exprimé sa « tristesse de voir notre diplomatie contrainte de courber la tête à cause des renoncements du président de la République ». Enfin, François-Xavier Bellamy a porté le diagnostic à son terme en affirmant que la diplomatie française « est otage d’un président qui semble déterminé à envoyer jusqu’au bout des preuves de soumission volontaire ». Ces voix convergentes ne représentent pas un camp politicien : elles incarnent une tradition française, gaulliste dans son essence, qui refuse de confondre apaisement et faiblesse.

Deux ans de crise, une leçon non tirée

Pour comprendre l’ampleur du renoncement, il faut rappeler la genèse de cette crise. À l’été 2024, Paris avait apporté son soutien à un plan d’autonomie du Sahara occidental sous « souveraineté marocaine » — un choix géopolitique qui, quelles qu’en soient les motivations, constituait une prise de position claire. L’Algérie, soutien historique du Front Polisario et des indépendantistes sahraouis, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France. Deux ans de tension, de rappels diplomatiques, de surenchères verbales de la part d’Alger — et au terme de ce bras de fer, c’est Paris qui cède. La France ne revient pas à la table des négociations en position de force ; elle s’y présente en pénitente, prête à rétablir les flux migratoires comme si rien ne s’était passé, comme si aucun Français n’était retenu en prison, comme si la souveraineté nationale était une variable d’ajustement au service d’une diplomatie de façade.

L’enjeu dépasse la seule question des visas. Ce que révèle cet épisode, c’est une conception de la France qui n’est plus celle d’une grande puissance consciente de son rang et de son histoire, mais celle d’un pays qui négocie sa propre dignité. La civilisation française a su, pendant des siècles, affirmer ses intérêts sans s’excuser de les défendre. Ce n’est pas de l’arrogance — c’est de la cohérence. Renoncer à cette cohérence, sous la pression d’un régime qui emprisonne nos journalistes et rappelle ses ambassadeurs à la moindre contrariété, n’est pas de la sagesse diplomatique. C’est une faute historique.